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Posted by on Mar 22, 2018 in Actualités |

Guide de montagne Une profession en quête de reconnaissance

guide de montagne au maroc

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4799 Le 21/06/2016 | Partager

 

L’article 31 de la loi 05-12 est jugé incohérent avec la sensibilité de la profession
Une guerre qui ne dit pas son nom entre les voyagistes et les guides de montagne
Le Centre de formation spécifique de guides de montagne, un passage obligé
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Outre le fait d’être capable de parler au moins deux langues pour l’exercice de son métier, le guide doit aussi avoir une connaissance approfondie des zones de montagnes, de secourisme, de réglementation…. Et d’une myriade d’autres spécialités. N’est pas guide qui veut! (Ph. GDM)

L’image du guide arnaqueur a la peau dure, alors que le secteur touristique dispose de guides professionnels, formés, responsables et dignes de représenter l’image du pays. Sous l’appellation officielle de «guide des espaces naturels», les 1.000 guides de montagne et de désert bataillent pour donner à leur métier l’importance qu’il mérite. Subissant une concurrence déloyale de la part de voyagistes peu scrupuleux, ainsi que d’individus qui parasitent le secteur touristique, les guides de montagne sont sur tous les fronts. Pour tenter de sauver la profession, ils ont créé le Syndicat national des guides de montagne marocains (SNGMM) en 2010, et renforcé les associations régionales qui les représentent. Plusieurs problématiques compromettent le métier et l’exercice de la profession. L’article 31 de la loi 05-12, qui régit l’activité de «guide des espaces naturels», constitue aujourd’hui un point de conflit avec le ministère de tutelle. L’article 31 est considéré par le syndicat comme une menace pour la profession, puisqu’il permet l’intégration au rang de guide de montagne professionnel, des personnes qui ne disposent pas des connaissances nécessaires. «Cet article est d’abord une reconnaissance des faux guides, alors que la loi condamne ces derniers pour usurpation d’identité. Il ouvre surtout la voie à des personnes non qualifiées à représenter l’image du pays», dénonce Driss Hemmi, président du syndicat.
En effet, le guide titulaire d’un diplôme d’un Centre de formation spécifique de guides de montagne doit disposer de connaissances importantes. La maîtrise de deux langues étrangères au minimum est nécessaire pour communiquer avec les touristes, en plus d’être capable de communiquer avec les populations locales, berbérophones le plus souvent. La connaissance approfondie des zones de montagne ou de désert du Maroc est impérative lors de la formation: géographie, flore, faune, modes de vie et activités des populations locales, patrimoine culturel, écosystèmes, risques naturels. En outre, d’autres connaissances de base sont requises comme l’anatomie, la physiologie, l’hygiène, la diététique, le secourisme, la cartographie et l’orientation. Le guide attitré connaît parfaitement la réglementation spécifique concernant la protection de l’environnement et les délimitations des zones sensibles (zones militaires). Le guide doit également connaître des éléments de culture des pays d’origine des touristes, la réglementation professionnelle et touristique. L’article en question permet d’accorder des autorisations à des individus qui disposent seulement des aptitudes de terrain, mais ne répondent pas aux conditions de formation et d’habilité professionnelle citées dans l’article 62 de la même loi. L’article prévoit un délai de 2 ans à partir de la date d’annonce sur le Bulletin officiel, c’est-à-dire jusqu’à 2017, pour intégrer ces nouveaux guides.
Sur le terrain, les conditions de travail sont encore plus contraignantes, compte tenu de la nature de ce métier. En effet, le guide de montagne a la possibilité de travailler à son propre compte ou pour le compte d’une agence de voyages en tant que salarié ou sous-traitant. Mais la situation de travail dans le secteur touristique, minée par l’informel et des pratiques désespérées pour attirer la clientèle, est en train de mettre en péril la profession. Le 2 juin, l’Association régionale des guides touristiques de Fès-Boulemane a relevé auprès des autorités une infraction contre une agence de voyages qui fait appel à des guides touristiques étrangers pour des circuits touristiques qu’elle organise au Maroc. Ceci est contraire à l’article 6 de la loi qui mentionne que le guide touristique doit être de nationalité marocaine. Ce genre d’incidents est un parmi d’autres exemples des pratiques illégales de certains voyagistes. A Jamâa El Fna par exemple, une autre pratique de plus en plus courante constitue une réelle menace pour l’image touristique du pays selon le syndicat. Des minibus avec chauffeur proposent des circuits touristiques pour plusieurs destinations, avec des prix battant toute concurrence, et où le chauffeur fait parfois lui-même le guide. Cette pratique, en plus de représenter un danger pour les touristes happés sur la place, enfreint la loi et concurrence les guides ainsi que les agences de voyages sérieuses. En somme, la profession de guide de montagne doit faire face à la saisonnalité et parfois la précarité de l’emploi ainsi que de la concurrence déloyale qui affaiblie les revenus. Les professionnels aspirent surtout à régulariser la situation des guides diplômés après 2008 ne disposant pas de cartes professionnelles et permettre au guide de montagne d’avoir la reconnaissance qu’il mérite.